L'Échelle du souffle › Le sport sur ordonnance
Le sport sur ordonnance, expliqué simplement et sans jargon
Un médecin peut prescrire une activité physique, au même titre qu'un examen ou une prise de sang. Le dispositif a ses règles, ses publics et ses limites. Voici l'essentiel, sans jargon.
Une ordonnance pour bouger
L'expression fait sourire la première fois qu'on l'entend. Une ordonnance, on l'associe à la pharmacie, à une boîte de comprimés, à une prise de sang. Pourtant, un médecin peut aussi écrire noir sur blanc qu'il vous conseille de pratiquer une activité physique, en précisant laquelle et comment.
C'est ce qu'on appelle couramment le « sport sur ordonnance ». La formule est pratique, mais un peu trompeuse. Il ne s'agit pas forcément de sport au sens de la compétition, du maillot et du chronomètre. Le terme exact, celui des textes, c'est la prescription d'activité physique adaptée, souvent abrégée en APA. Marcher, nager doucement, faire de la gym sur une chaise, travailler son équilibre : tout cela peut en faire partie.
L'idée de départ est simple. Pour beaucoup de personnes qui vivent avec une maladie ou des limitations, reprendre une activité seul est intimidant. On ne sait pas par où commencer, ni jusqu'où aller, ni si c'est raisonnable. L'ordonnance donne un cadre : un médecin a regardé votre situation, il a posé des repères, et des personnes formées peuvent prendre le relais.

D'où vient le dispositif
Tout part de la loi du 26 janvier 2016, dite loi de modernisation de notre système de santé. Elle a ouvert une possibilité nouvelle : le médecin traitant peut prescrire une activité physique adaptée aux patients atteints d'une affection de longue durée, ce que l'on appelle une ALD. Un décret de décembre 2016 a ensuite précisé les conditions, en particulier qui peut encadrer les séances selon les limitations de la personne.
L'ALD désigne une maladie qui demande un suivi et des soins prolongés, sur plus de six mois, et coûteux. La liste de ces affections est fixée par décret.
La loi du 2 mars 2022, qui vise à démocratiser le sport en France, a nettement élargi le dispositif. Ce n'est plus seulement le médecin traitant : tous les médecins qui participent à votre prise en charge peuvent désormais prescrire. Et le public concerné s'est agrandi.
Qui peut en bénéficier
Depuis 2022, la prescription peut concerner :
- les personnes atteintes d'une affection de longue durée ;
- les personnes vivant avec une maladie chronique, même hors de la liste des ALD ;
- les personnes présentant des facteurs de risque, comme un surpoids important ou une tension élevée ;
- les personnes en perte d'autonomie.
Concrètement, cela fait beaucoup de monde. Une personne qui s'essouffle dans l'escalier de la gare depuis quelques mois, un voisin qui a tout arrêté après une longue maladie, une grand-mère qui n'ose plus aller seule jusqu'à la boulangerie : chacun peut en parler à son médecin. C'est lui qui juge si une prescription a du sens dans votre cas.
La même loi a aussi donné un rôle aux masseurs-kinésithérapeutes. Ils peuvent renouveler la prescription et l'adapter, sauf si le médecin a indiqué le contraire. C'est utile quand la situation évolue entre deux consultations.
Ce que l'ordonnance contient
Une prescription d'activité physique n'est pas un simple « bougez plus » griffonné en bas de page. Elle précise le type d'activité, sa durée, sa fréquence et son intensité. Elle mentionne aussi les contre-indications ou les précautions à respecter : éviter tel mouvement, surveiller tel signe, ne pas dépasser tel niveau d'effort.
Elle se rédige sur une ordonnance classique, ou parfois sur un formulaire spécifique prévu pour cela. Dans les deux cas, c'est un document que vous montrerez à la personne qui vous encadrera. Il lui sert de point de départ, avant même votre tout premier rendez-vous ensemble.

Si vous avez un doute en la lisant, demandez. Que veut dire « intensité modérée » dans votre cas ? Faut-il éviter l'eau froide, les escaliers, les charges ? Mieux vaut poser la question au cabinet que deviner seul chez soi.
Ce que ce n'est pas
Quelques idées reçues sont à écarter tout de suite.
D'abord, ce n'est pas une obligation. La prescription ne crée aucune contrainte pour le patient. Vous restez libre d'y donner suite ou non, de commencer plus tard, de choisir l'activité qui vous parle parmi celles qui conviennent. Personne ne viendra vérifier que vous allez bien à la piscine municipale le mardi.
Ensuite, ce n'est pas un remboursement automatique. C'est sans doute le point qui surprend le plus. Dans le cas général, les séances d'activité physique adaptée ne sont pas remboursées par l'Assurance maladie, même avec une ordonnance, même en ALD. La consultation chez le médecin, elle, est prise en charge comme d'habitude. Des aides existent parfois, selon les contrats de complémentaire santé ou les dispositifs locaux, et nous détaillons les étapes pratiques et la question du prix sur une page à part.
Enfin, ce n'est pas de la rééducation. Les séances de kinésithérapie prescrites comme soins, après une opération par exemple, relèvent d'une autre logique. L'activité physique adaptée se situe entre les soins et le sport en club ordinaire, un entre-deux que nous développons en parlant de ce qu'on appelle l'APA.
Et ensuite ?
Une fois l'ordonnance en main, la question devient très pratique : où aller ? Plusieurs portes existent. Un club qui propose des créneaux adaptés, une association, un professionnel formé, ou une Maison Sport-Santé. Ces dernières sont des structures labellisées qui accueillent le public et peuvent vous orienter si vous ne savez pas par où commencer.
Si vous n'avez pas encore d'ordonnance, rien ne vous empêche d'aborder le sujet à votre prochaine consultation. Une phrase suffit : « Est-ce qu'une activité physique adaptée aurait du sens pour moi ? » Le médecin connaît votre dossier, vos antécédents, vos limites. C'est la bonne personne pour poser ce premier repère, sur une échelle où vous êtes pour l'instant au niveau zéro : au repos, en train de vous renseigner.